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Paroisse Saint Martin: Histoire

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Paroisse de COURSAN en OTHE

Saint Martin canton d’Ervy

Les paroisses limitrophes de Saint Martin de Coursan sont : Saint Maur et Saint Jean Baptiste de Villeneuve au Chemin, au nord, Saint Léger de Montfey, au levant Saint Eloi de Racines au midi, et Saint Leu de Lasson, diocèse de Sens, au couchant. Il n’y a qu’un seul hameau dépendant de la Paroisse. Il est désigné de « Mareau-Coursan ». Il n’a ni église ni chapelle. Il consiste en une dizaine de maisons, habitées par environ trente personnes, éloignées de l’église de 600 mètres, et communique avec la paroisse par un chemin vicinal en très bon état.

La population totale de Coursan en Othe s’élève au chiffre de 316 habitants, tous catholiques. La famille la plus notable est celle de Monsieur Arsène RAMBOURGT, cousin du député. Cette famille réside habituellement à Auxerre, où Monsieur RAMBOURGT exerce les fonctions de sous-inspecteur des forêts.

Histoire de la Paroisse :

Coursan était avant la révolution une cure de première classe, et le siège de seigneuries très considérables. La tourment de 1793 a tout emporté, cure et châtellenie, et la paroisse se trouve réduite aujourd’hui à la plus mince condition. Il y a 30 ans, elle possédait encore dans d’importantes archives les titres de sa célébrité d’autrefois. Mais dans la période de 1830 à 1848, un archiviste départemental, autorisé d’une mission préfectorale, s’empara des papiers les plus importants, sous prétexte d’en extraire les documents historiques relatifs à la localité, et depuis ces papiers n’ont pas reparu. A la faveur de l’incurie communale, le fait accompli a pris le caractère d’un emprunt à la cartouche. Cependant Coursan possède encore quelques rares débris de monuments et de légers linéaments de tradition. Mais comment reconstruire un édifice avec des épaves, une histoire avec des documents sans liaison ?

Au 16ème siècle le château seigneurial de Coursan appartenait à très haut et très puissant seigneur Messire Philippe de BRUILLARD. Ce seigneur avait un fils nommé comme lui Philippe, et une demoiselle du nom d’Eléonore de BRUILLARD. De temps immémorial, les membres de cette illustre famille étaient parrains et marraines de tous les enfants du village, comme en témoignent les actes de baptêmes de cette époque. Monsieur de BRUILLARD avait dans son château deux lions apprivoisés qu’il conduisait partout avec lui. C’était un homme de stature colossale et d’une force herculéenne. Coursan possède encore sa statue mutilée et ses deux lions sculptés en pierre de grandeur naturelle. Il y a une vingtaine d’années, ils ornaient le tombeau de la famille qui avait été érigé dans la chapelle de la Sainte Vierge. Il est triste de dire que ce monument, d’un mérite artistique remarquable, si on en juge par ses débris, a été enlevé pour faire place à un misérable autel en stuc sans aucune signification. La statue représente le seigneur de Coursan à genoux sur un carreau, la tête couverte d’une calotte ecclésiastique, la ceinture aux reins, l’épée au côté, avec cuirasse, brassards et cuissards. L’attitude des épaules indique qu’il avait les mains jointes. A côté de lui était posé un casque magnifique, également sculpté en pierre, avec plumes et panaches fouillés par un ciseau de premier mérite. Ces restes précieux sont restés pendant plusieurs années relégués derrière la grande porte du presbytère. Ils sont maintenant dressés à un angle des murs du cimetière sous un arbre trois fois séculaire, d’où le vaillant chevalier dirige ses regards vers l’emplacement de son manoir détruit. Les deux lions sont au repos, sur une plate-forme en pierre dure, la queue dressée sur le dos, et élevés sur deux pilastres en briques, de chaque côté de la grande entrée du cimetière.

A une date qu’on ne saurait préciser, un parti de huguenots vint menacer la paroisse, du côté de Villeneuve au Chemin. Monsieur de BRUILLARD se mit à la tête des habitants entre ses deux lions, et marcha à la rencontre des pillards. A la vue de l’ennemi, les paroissiens tournèrent le dos et s’enfuirent. Le seigneur, resté seul avec ses deux bêtes féroces, causa une telle terreur aux incendiaires qu’ils disparurent pour ne plus revenir. Au retour, l’intrépide chevalier voulu stigmatiser pour le présent et pour l’avenir la couardise de ses paysans. Il fit représenter dans une verrière de l’église un lion courant, et au dessous, la traduction épigrammatique de ses mots de l’écriture : « de virtuté in virtutem » (de courage en courage) « Coursan cesse !! » (un article de l’annuaire de l’Aube de 1893 précise qu’il s’agit d’une légende).

Edifices paroissiaux :

Le chœur et le sanctuaire de l’église sont du 12ème siècle. La nef ne révèle par aucun caractère la date de la construction. Elle est couverte par une voûte en bois qui date de 1691, et qui malheureusement ne promet pas une ruine assez prochaine. La tour, élevée à gauche de l’entrée principale est une masse carrée d’une insignifiance qui invite peu à la description. Les fenêtres non plus que les piliers n’ont rien de caractéristique. L’église est dans un état qu’on peut à la rigueur appeler convenable. Elle ne renferme qu’une chapelle dédiée à la Sainte Vierge qui est la partie la plus soignée. Le maître-autel ainsi que celui de la Sainte Vierge sont en bon état. Il n’en est pas de même des deux petits autels sans titulaire qui se trouvent de chaque côte de l’entrée du chœur. Ils auraient bien besoin de réparations. La commune seule, ou une souscription pourrait y subvenir. La chaire, le confessionnal, les fonts baptismaux, la sacristie laissent peu à désirer.

Le dernier rejeton de la famille de BRUILLARD a disparu il y a quelques années dans la vénérable personne de Mgr Philibert de BRUILLARD, évêque démissionnaire de Grenoble, décédé chanoine de Saint Denis à l’âge de 95 ans.

Le château des seigneurs de BRUILLARD a été démoli avant la révolution. Il été flanqué de 4 tours dont une subsiste encore, à l’angle du couchant. Quant à la seigneurie, elle passa avant 93 au sieurs de JASSEAU puis à une dame D’ARLAC, qui en était propriétaire au moment de la révolution. Elle fut ensuite achetée par le baron MONGIN-FOUDRAGON qui l’occupa jusqu’à l’année 1827. Madame de MONGIN, sœur de feu le marquis de CHAMOY, vit encore et réside habituellement à Paris. Le nouveau château qui a été construit à quelques mètres de l’ancien et sans caractère architectural. Il est aujourd’hui la propriétaire de monsieur Arsène RAMBOURGT, ainsi que le parc d’une contenance d’environ 33 hectares.

Quant à l’histoire paroissiale, le nom seul de monsieur MERIC de la TOURNERIE peut présenter un certain intérêt. Il a occupé la paroisse de Coursan pendant 25 ans, de 1777 à 1802. Pendant tout ce laps de temps, il a résumé dans sa personne toutes les fonctions religieuses et civiles. Il était tout à la fois, curé, maire, instituteur, et juge de paix. Sa vie, en reste à refléter toutes les phases de la révolution : dans les actes de son administration, à l’inspection de sa seule signature, jusqu’au décret d’abolition des titres de noblesse par l’Assemblée Nationale. Il signe : MERIC curé et maire, MERIC curé, et enfin MERIC sans qualification. Pendant la terreur, les actes sont écrits de sa main, sans signature, ou souscrits par un prête-nom. Malgré les décrets de la Législative et la Convention sur les incompatibilités, la municipalité de Coursan n’a jamais consenti de lui retirer les fonctions de maire. Monsieur de la TOURNERIE les a exercés ostensiblement jusqu’en 1794, soit sous la signature d’un officier municipal. A cette époque reparait au-dessous des actes religieux « MERIC de la TOURNERIE curé de Coursan », en en 1804, » MERIC de la TOURNERIE, vicaire général du diocèse de Troyes et curé de Coursan ». Aucun écrit n’atteste que Monsieur de la TOURNERIE ait prêté serment à la Constitution Civile du Clergé. Cependant les anciens affirment qu’il fut assermenté sous cette formule de tolérance : « ma bouche prête le serment, mais ma foi et mon cœur le réprouve ». Au de juillet 1805, il quitte Coursan pour aller prendre possession du doyenné de Saint Florentin, où il mourut le 13 décembre 1834. Il eut pour successeur non immédiat monsieur COSTEL, ancien doyen de Foissy, près de Sens qui fut en 89 député aux Etats Généraux. Monsieur COSTEL s’était retiré à Coursan dans sa famille pendant la tourmente révolutionnaire. Il se tint caché pendant la terreur, exerça de nouveau le ministère de 1808 à 1813, et mourut le 3 avril de cette année à 83 ans. Sa tombe placée dans le chœur de l’église porte avec son nom et la date de sa mort, cette inscription : « elongavi fugiens et mensi in solitudine ».

Le culte a été interrompu, et l’église fermée depuis le 29 novembre 1793 jusqu’au 1er avril 1795. Ce jour là les citoyennes allèrent sommer le maire de leur remettre les clés de l’église. L’autorité dû céder devant des menaces très carrément formulées. Les clés furent aussitôt déposées entre les mains de monsieur de la TOURNERIE. Il entra ce même jour dans l’église, assisté de 4 témoins pour faire constater l’état des lieux. Le procès verbal dressé à cette occasion atteste que dans l’église et la sacristie, on ne trouva rien.

Statues et tableaux :

L’église est ornée de quelques statues : Sainte Anne entourant la Sainte Vierge, statue qui n’est pas sans mérite. Un très bon groupe de Saint Martin à cheval donnant aux pauvres la moitié de son manteau. Saint Nicolas et les 3 petits enfants, un groupe de Saint Hubert. En fait de tableau on voit dans l’église de Coursan une nativité mal exécutée, et le baptême de JC par Jean-Baptiste. C’est un type de grotesque. Une descente de Croix, copie remarquable d’un tableau de l’école flamande. Jésus sur la Croix et l’évanouissement de la Sainte Vierge, toile inachevée. Deux scènes du martyre de Saint Etienne assez bien touchées. L’apparition de NS à Saint Martin, tableau de monsieur CLAUSEL, ornant le retable du maître-autel : c’est une œuvre ! Les autres tableaux sont les stations du chemin de croix, simples lithographies encadrées par COTEL-LAFOSSE.

La vigne :

La cure de Coursan jouit de 63 ares, 31 centiares de vignes laissées par monsieur de la TOURNERIE. L’avantage qui résulte de ce legs peut-être très différent selon la manière adoptée pour l’exploitation. Si le curé fait valoir la vigne pour son propre compte, il a beaucoup de dépenses à faire pour la culture, l’entretien des échalas, et les façons annuelles. De plus, il lui faut un matériel considérable de cuve, de tonneaux, et, à l’époque de la vendange, un personnel d’ouvriers et d’ouvrières qui transforme le presbytère en ferme, et le curé en gros vigneron. Le plus simple et le plus convenable serait d’affermer ces vignes à divers particuliers, mais alors le curé n’en retire guère qu’une soixantaine de francs. Un troisième moyen serait de louer la plus grande partie et de n’en garder que la quantité nécessaire pour alimenter la cave du presbytère. Avec le revenu de la location, on peut à peu près couvrir les frais de la quantité conservée, et le curé n’aura pas de vin à acheter. C’est le mode pratiqué actuellement.

Rédigé le 28 juillet 1865

L’intégralité du document est consultable aux Archives Diocésaines de Troyes

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